La découverte des métiers constitue un levier essentiel pour aider les élèves de SEGPA à mieux comprendre le monde professionnel, à identifier leurs compétences et à construire progressivement leur projet d'orientation. Pour être réellement efficace, elle doit toutefois s'appuyer sur des supports concrets, visuels et interactifs, adaptés aux besoins cognitifs, pédagogiques et émotionnels des élèves. Pour le cadre général, voir le guide complet de la découverte des métiers au collège : enjeux, outils et parcours Avenir.

Les classes SEGPA : de quoi parle-t-on ?

Les Sections d'enseignement général et professionnel adapté accueillent au collège des élèves présentant des difficultés scolaires graves et persistantes. Ces difficultés touchent le plus souvent la compréhension écrite, la mémorisation, l'abstraction et la confiance en soi. À la rentrée 2024, 83 707 élèves étaient scolarisés en SEGPA [3].

L'objectif d'une SEGPA n'est pas de réduire les ambitions, mais de proposer un cadre pédagogique plus progressif et davantage centré sur la mise en activité. La section prépare à une poursuite de formation, principalement en voie professionnelle : les activités menées au collège pèsent donc directement sur la qualité du choix d'orientation en fin de 3e.

En SEGPA, la découverte des métiers se construit sur les quatre années de collège, et elle s'articule à des rendez-vous qui ne se négocient pas : le parcours Avenir, suivi de la 6e à la 3e et souvent concrétisé par des journées dédiées dans l'établissement, et les stages en milieu professionnel, qui s'ajoutent à partir de la 4e. L'infographie ci-dessous en donne un exemple année par année, avec les temps forts à placer dans l'année et les obligations à ne pas manquer.

Parcours-SEGPA-Orientation-6e-3e

Qu'est-ce que la découverte des métiers, concrètement ?

La découverte des métiers regroupe l'ensemble des activités qui permettent aux élèves de mieux comprendre les environnements professionnels et les possibilités d'orientation qui s'offrent à eux.

Elle ne consiste pas uniquement à présenter des fiches métiers ou des intitulés de diplômes. Elle doit permettre aux élèves de :

  • découvrir des secteurs professionnels variés, au-delà de ceux de son entourage ;

  • comprendre les missions réellement effectuées au quotidien ;

  • identifier les compétences et qualités que le métier exige ;

  • se représenter les lieux, les outils et les conditions de travail ;

  • relier ses goûts et ses aptitudes à des activités professionnelles précises ;

  • construire un projet d'orientation à la fois réaliste et désirable.

Pour les élèves de SEGPA, cette découverte gagne à être progressive, concrète et directement reliée à l'action.

L'orientation comme levier de remobilisation scolaire

En SEGPA, l'enseignement professionnel permet de découvrir des champs d'activité et de construire des savoir-faire dans des situations concrètes : réalisations techniques, ateliers, projets collectifs, visites, stages, mises en situation. C'est ce qui redonne du sens aux apprentissages scolaires : une notion abstraite devient lisible dès qu'elle sert à quelque chose, mesurer pour fabriquer, lire une consigne pour réaliser une tâche, calculer une quantité pour préparer une recette, communiquer pour travailler en équipe. Les apprentissages généraux cessent alors d'apparaître déconnectés de la vie professionnelle, et les compétences acquises non plus.

La compétence professionnelle au cœur des apprentissages

L'enjeu d'une séance d'orientation n'est pas de retenir le nom d'un métier, mais de comprendre ce qu'il faut savoir, savoir-faire et savoir-être pour l'exercer : suivre une procédure, utiliser des outils, respecter des règles de sécurité, organiser son poste, collaborer, contrôler la qualité de son travail. Présentée ainsi, l'orientation aide chacun à repérer ses propres ressources et à constater qu'il maîtrise déjà une partie de ces gestes, même après un parcours scolaire difficile.

Adapter les supports : passer du texte à l'image et à l'action

Les supports traditionnels de découverte des métiers reposent souvent sur la lecture de textes, la compréhension de descriptions et la capacité à se représenter mentalement un environnement inconnu. Or, ces exigences peuvent constituer un obstacle pour certains élèves de SEGPA.

Adapter les supports ne signifie pas appauvrir les contenus. Il s'agit de proposer plusieurs chemins d'accès à l'information : l'image, la vidéo, l'audio, la manipulation, l'observation et l'expérimentation.

La simplification cognitive sans infantilisation

La simplification cognitive vise à rendre une information plus accessible en limitant les éléments qui peuvent surcharger l'attention ou la mémoire de travail. Elle peut passer par :

  • des phrases courtes et une structure clairement identifiée ;

  • un vocabulaire expliqué ou illustré ;

  • une information présentée étape par étape ;

  • des consignes accompagnées d'exemples ;

  • des pictogrammes, schémas ou photographies ;

  • des interactions limitées mais ciblées.

Cette simplification doit cependant être réalisée sans infantiliser les élèves. Les supports doivent rester visuellement attractifs, actuels et respectueux de leur âge. Il est important de parler aux adolescents comme à de futurs adultes et de leur présenter des situations professionnelles authentiques.

L'objectif est de réduire la complexité inutile, pas de réduire les ambitions.

Rendre concret ce qui reste flou

Certains éléments liés à l'orientation sont particulièrement abstraits pour les élèves : les secteurs professionnels, les conditions de travail, les compétences attendues, les parcours de formation ou les perspectives d'évolution.

Une simple définition ne suffit pas toujours à comprendre ce que recouvre un métier. Pour rendre ces notions plus concrètes, il est possible de montrer :

  • le lieu dans lequel le professionnel travaille ;

  • les outils qu'il utilise ;

  • les personnes avec lesquelles il collabore ;

  • les étapes d'une journée de travail ;

  • les difficultés qu'il peut rencontrer ;

  • les règles qu'il doit respecter ;

  • les résultats attendus de son activité.

Présenter un métier à travers une situation professionnelle permet aux élèves de mieux se projeter. Ils ne découvrent plus uniquement un intitulé, mais un environnement, des gestes et des interactions.

L'importance du visuel et des plateformes intuitives

Les images, les vidéos et les environnements immersifs contribuent à construire une représentation mentale plus précise des métiers. Ils permettent de voir les espaces de travail, les équipements et les gestes professionnels, parfois difficiles à décrire avec des mots : à quoi ressemble le lieu de travail, que fait-on réellement, quels outils manipule-t-on, travaille-t-on seul ou en équipe, reste-t-on debout ?

Plusieurs supports coexistent, et chacun a son usage. La photographie, La vidéo métier, Le témoignage audio, l'utilisation d’outils de travail apporté en classe, la visite d'entreprise et l’immersion virtuelle

support-SEGPA

L’immersion virtuelle par les vidéos 360° ou en réalité virtuelle intéresse particulièrement les SEGPA parce qu'il compense un frein connu. Le stage en entreprise reste le principal levier de concrétisation en fin de troisième, et c'est aussi le plus difficile à obtenir pour ces élèves : la disponibilité des tuteurs, l'appréhension des élèves et la logistique en limitent l'accès [1]. La réalité virtuelle ne remplace pas ce stage, mais elle donne accès à des environnements professionnels qu'un élève n'aurait, autrement, aucune occasion d'observer.

Les ateliers de découverte des métiers en réalité virtuelle de Jexplore sont conçus autour de cette idée : l'outil ne remplace pas l'enseignant. L'expérience produit ses effets quand elle est préparée en amont, commentée pendant, et reprise ensuite dans un échange ou une production.

Valoriser les compétences transversales plutôt que les diplômes

Les élèves de SEGPA développent des compétences techniques très tôt, par les ateliers et les stages. Ils identifient en revanche rarement les compétences transversales qu'ils mobilisent en même temps : ponctualité et assiduité, écoute et compréhension des consignes, respect des règles, coopération, autonomie, persévérance, capacité à demander de l'aide, adaptation à l'imprévu, prise d'initiative.

Ces compétences sont indispensables dans de nombreux environnements professionnels. Elles permettent de s'intégrer dans une équipe, de progresser dans une activité et de faire face aux imprévus. Le référentiel européen RECTEC permet de les nommer et de les situer sur une échelle de niveaux, plutôt que de s'en tenir à une appréciation générale [2].

L'enjeu est donc de ne pas réduire l'orientation à une liste de diplômes. Les qualifications comptent, mais elles ne résument pas le potentiel d'un élève : en l'aidant à mettre des mots sur ce qu'il sait déjà faire, l'équipe pédagogique construit à la fois de la confiance et un projet plus personnel.

Étude de cas : la recherche-action Édu-Up menée avec le Ministère de l'Éducation nationale

Jexplore a été sélectionné par le Ministère de l'Éducation nationale dans le cadre du dispositif Édu-Up pour conduire une recherche-action de 14 mois auprès d'élèves de SEGPA et d'EREA [1]. Concrètement, chaque élève a découvert deux métiers en vidéo 360°, apprenti en hôtellerie et chaudronnier-soudeur, au cours d'ateliers co-animés par les enseignants et les équipes Jexplore, puis, dans un second temps, une expérience interactive où il devait accomplir lui-même une tâche professionnelle.

Le protocole a mobilisé 6 établissements sur 3 académies (Versailles, Orléans-Tours, Toulouse), un comité pédagogique de directeurs de SEGPA et un comité scientifique de chercheurs en orientation et en besoins éducatifs particuliers. Il comparait des classes témoins et des classes équipées, après une phase de pré-test des connaissances initiales.

Les résultats mesurés :

  • Ce que les élèves savent de l'orientation progresse. Interrogés avant puis après l'atelier, les élèves équipés situent leur connaissance de l'orientation à 2,6 sur 5 avant, puis 3,4 sur 5 après. Dans les classes témoins, restées sans casque, cette note n'a pas bougé ;

  • Ils se sentent nettement plus à l'aise sur les métiers découverts. Là encore, le groupe témoin ne progresse pas sur ce point.

  • Le résultat tient d'une expérimentation à l'autre. Il se reproduit lors d'une seconde session, menée cette fois avec l'expérience interactive, et quel que soit le modèle de casque utilisé : ce n'est donc ni un simple effet de nouveauté, ni l'effet d'un matériel particulier.

Ces écarts sont statistiquement significatifs (p = 0,003 et p = 0,005), c'est-à-dire trop marqués pour s'expliquer par le hasard de l'échantillon.

Cette immersion permet à nos élèves de se projeter dans le milieu professionnel. Ça suscite aussi leur curiosité, donc ça leur permet vraiment d'être acteurs dans la construction de leur parcours d'orientation.

Mégane, enseignante en classe SEGPA, Hygiène Alimentation Services

À lire aussi : la recherche-action Édu-Up menée par Jexplore avec le Ministère de l'Éducation nationale [4].

Comment intégrer l'immersion dans un atelier d'orientation

L'expérience immersive n'a d'effet pédagogique que reliée à une séquence complète :

  1. Avant : les élèves formulent leurs représentations du métier et leurs questions.

  2. Pendant : ils observent une situation de travail, avec une consigne d'observation précise.

  3. Après : ils analysent ce qu'ils ont vu et nomment les compétences mobilisées.

  4. Positionnement : chacun indique les tâches qu'il aimerait essayer, les compétences qu'il pense déjà posséder et celles qu'il souhaite développer.

Le contenu s'exploite selon plusieurs niveaux d'accompagnement, de la découverte entièrement guidée par l'enseignant à l'exploration en binôme, ce qui permet de l'insérer dans des séances de format et de durée variables.