Demandez à une classe de 3e quel métier ils exerceront à 30 ans. D'un collège à l'autre, les réponses se ressemblent : médecin, avocat, architecte, vétérinaire, psychologue. Ces métiers sont réels, utiles, et certains manquent même de candidats. Mais ils ne peuvent pas accueillir un élève sur cinq.

Pour mesurer cet écart, Jexplore a croisé trois sources publiques : les réponses des élèves français à PISA 2025, les métiers exercés par les adultes dans l'enquête PIAAC 2023 de l'OCDE, et les projets de recrutement 2026 recensés par France Travail.

À 15 ans, des projets concentrés sur quelques métiers

PISA 2025 demande aux élèves quel métier ils pensent exercer à 30 ans. En France, 6 501 élèves ont répondu au questionnaire, représentant 768 000 jeunes de 15 ans [1][2].

  • Un tiers sans métier précis. 24 % des élèves ne répondent pas. Parmi ceux qui répondent, 8,5 % écrivent « je ne sais pas » et 4,9 % donnent une réponse trop vague. Au total, seuls 64 % des élèves citent un métier identifiable [1].

  • Peu de métiers pour beaucoup d'élèves. Les dix métiers les plus cités rassemblent 31 % des réponses précises. En tête : ingénieurs et scientifiques (5,2 %), médecins spécialistes (4,2 %), avocats (4,2 %), architectes (3,6 %), médecins généralistes (3,0 %), infirmiers (2,8 %) [1].

  • Cinq métiers rêvés. Médecin, avocat ou juriste, architecte, vétérinaire et psychologue représentent à eux seuls 22,2 % des réponses précises [1].

Plus largement, 52,4 % des élèves qui citent un métier visent une profession intellectuelle ou scientifique. Chez les adultes en emploi, cette part est de 20,4 % [1].

Ce que font les adultes, ce que cherchent les employeurs

MétiersÉlèves (réponses précises)Adultes en emploiProjets de recrutement 2026
Les cinq métiers rêvés22,2 %1,8 %19 200 (0,8 %)
dont médecins8,2 %0,6 %8 820
Techniciens de l'industrie et du bâtiment0,7 %6,4 %95 150
Conducteurs0,6 %3,5 %86 190
Agriculteurs0,8 %3,2 %82 010
Bâtiment (couvreurs, maçons, électriciens)1,0 %2,5 %34 780
Conduite de machines et usinage0,0 %2,8 %5 450 (usinage)

Sources : OCDE, PISA 2025 et PIAAC 2023, calculs Jexplore [1] ; France Travail, BMO 2026 [3].

Techniciens de l'industrie et du bâtiment et conducteurs réunis, c'est 1,3 % des réponses des élèves, près d'un adulte en emploi sur dix (9,9 %) et 181 340 projets de recrutement en 2026 : 9,4 fois plus que les cinq métiers rêvés.

L'écart ne veut pas dire que les métiers rêvés seraient fermés. Les médecins et les vétérinaires figurent parmi les métiers où les employeurs peinent le plus à recruter (78,7 % et 74,4 % de projets difficiles) [3]. Le problème est ailleurs : ces métiers ne peuvent pas absorber un élève sur cinq, et ceux qui pourraient l'être restent invisibles.

Les métiers que personne ne cite

Certains grands groupes de métiers sont presque absents des projets des élèves, alors qu'ils emploient une part importante des adultes [1] :

  • conducteurs et opérateurs : 0,6 % des réponses des élèves, 6,8 % des adultes en emploi ;

  • employés administratifs : 0,8 % contre 6,8 % ;

  • professions élémentaires (agents d'entretien, manutention, aide en cuisine) : 0,2 % contre 7,0 %.

Le cas de l'usinage résume l'écart. Aucun élève de l'échantillon ne cite un métier de conduite de machines, alors que 80,4 % des projets de recrutement en usinage sont jugés difficiles [1][3]. Un métier qu'on ne sait pas nommer ne peut pas devenir un projet.

Un horizon qui dépend aussi du genre et du milieu

Les réponses ne se répartissent pas au hasard [1] :

  • selon le genre : la santé est citée par 20 % des filles et 7 % des garçons, le numérique par 0,3 % des filles et 5,5 % des garçons, l'artisanat et les métiers qualifiés par 1,7 % des filles et 11,9 % des garçons ;

  • selon le milieu social : 46 % des élèves les plus défavorisés visent un poste de cadre ou une profession intellectuelle, contre 75 % des plus favorisés.

Un élève choisit dans le répertoire que lui offrent sa famille, son entourage et son territoire. Élargir ce répertoire est une question d'égalité des chances autant que d'emploi.

Ce que cela change pour la découverte des métiers

La réponse n'est pas de demander aux élèves de rêver moins. C'est de leur montrer davantage de métiers avant de leur demander de choisir.

  • Partir des familles de métiers plutôt que des intitulés. « Réparer, construire, piloter une machine » ouvre plus de portes qu'une liste de postes.

  • Montrer les métiers absents des réponses. Technicien de maintenance, conducteur de ligne, usineur, couvreur : des métiers qualifiés, techniques, dont il faut montrer la réalité plutôt que le cliché. Notre article sur les métiers manuels et l'artisanat qui recrutent explique comment en parler sans condescendance.

  • Relier les métiers au bassin d'emploi. L'enquête BMO se consulte par bassin : c'est la meilleure source pour choisir les métiers à montrer en priorité.

  • Ne pas opposer les voies. Pour les élèves qui veulent entrer vite dans l'emploi, voir les métiers qui recrutent sans diplôme.

Le terrain confirme que l'obstacle est la méconnaissance plus que le rejet. Dans le Pas-de-Calais, sur le bassin de Lens-Liévin, plus de 1 500 jeunes ont exploré en immersion des métiers de l'industrie : 85 % des répondants ont découvert de nouveaux métiers industriels, et 62 % des métiers présents sur leur propre territoire [4].

Notre catalogue des métiers permet de faire observer ces métiers en classe, en immersion filmée, du geste technique à l'environnement de travail.

Voir aussi : le guide complet de la découverte des métiers au collège

Ce qu'il faut en retenir

Les élèves ne manquent pas d'ambition. Ils manquent de métiers à quoi la rattacher.

  • Les projets sont concentrés : cinq métiers rassemblent 22 % des réponses précises, pour 0,8 % des recrutements.

  • Les métiers qui recrutent sont invisibles : techniciens de l'industrie et du bâtiment et conducteurs pèsent 1,3 % des réponses et 181 340 projets de recrutement.

  • Un tiers des élèves n'a pas de métier en tête : c'est le premier public de la découverte des métiers.

Comment ces chiffres ont été calculés. Calculs Jexplore sur les fichiers publics de l'OCDE (PISA 2025 et PIAAC 2023 pour la France), pondérés selon la méthode de l'OCDE. Les pourcentages d'élèves portent sur les 64 % qui citent un métier précis. « Techniciens de l'industrie et du bâtiment » correspond aux codes CITP 311 à 314 : les pilotes, contrôleurs aériens et officiers de navigation, souvent cités par les élèves, en sont exclus. Élèves et adultes sont des populations différentes : la comparaison rapproche deux photographies d'aujourd'hui, pas le parcours d'une même génération. La BMO compte des projets de recrutement sur un an, saisonniers compris, et non des emplois ; ses nomenclatures diffèrent de celles de l'OCDE, les regroupements sont proches mais pas identiques.

Montrez à vos élèves les métiers qu'ils ne citent pas : découvrez le catalogue des métiers.