Un élève à qui l'on annonce une orientation en voie professionnelle l'entend souvent comme une sanction. C'est un contresens économique : ce sont précisément les filières où la demande d'employeurs est la plus forte et la plus durable. Reste à le démontrer avec des faits plutôt qu'avec des encouragements.

Pourquoi ces métiers recrutent autant

Trois dynamiques se cumulent, et aucune n'est conjoncturelle.

  • Le renouvellement démographique. Près de 90 % des 800 000 postes à pourvoir chaque année d'ici 2030 viennent de départs en fin de carrière, non de créations nettes [1]. Dans l'artisanat, où les chefs d'entreprise sont âgés en moyenne plus que la population active, l'effet est particulièrement marqué.

  • La transition écologique. Rénovation énergétique, pompes à chaleur, photovoltaïque, matériaux biosourcés : les normes changent, ce qui crée de la demande dans le bâtiment et la maintenance [1].

  • La non-délocalisation. Réparer une toiture, installer une chaudière ou produire du pain se fait sur place. Ces emplois ne partent pas et résistent mieux à l'automatisation que beaucoup de métiers de bureau.

Part des postes à pourvoir d'ici 2030 liés aux départs en fin de carrière

Les familles de métiers à faire connaître

  • Bâtiment et second œuvre : couvreur, électricien, plombier chauffagiste, menuisier, conducteur de travaux. Les métiers dont le contenu évolue le plus vite sous l'effet des normes énergétiques.

  • Alimentation : boulanger, pâtissier, boucher, cuisinier. Forte demande, horaires exigeants, création d'entreprise fréquente.

  • Maintenance et industrie : chaudronnier, soudeur, technicien de maintenance. Secteur où 50 % des nouvelles places de formation ont été créées [2].

  • Services et soin du quotidien : coiffure, esthétique, réparation automobile, services à la personne.

  • Métiers d'art : ébénisterie, restauration du patrimoine, bijouterie. Effectifs faibles mais savoir-faire recherchés.

L'artisanat compte environ 1,9 million d'entreprises et 3,1 millions d'actifs en France [4]. Près de 300 000 entreprises artisanales seront à céder d'ici dix ans [5], souvent faute de repreneur : autant d'emplois, mais aussi d'occasions de créer ou de reprendre une entreprise.

Comment en parler sans condescendance

C'est le point qui décide de l'effet du discours. Quatre principes.

  • Ne jamais présenter ces métiers comme un plan B. Un élève entend immédiatement la hiérarchie implicite. Parler débouchés, salaire d'entrée et évolution possible.

  • Montrer la technicité réelle. Un plombier diagnostique, calcule et respecte des normes. Réduire le métier au geste manuel est faux et démobilisant.

  • Nommer la perspective d'indépendance. Beaucoup de ces métiers permettent de créer son entreprise, ce qui est rarement mis en avant auprès des élèves.

  • Casser les stéréotypes de genre dans les deux sens. Voir une femme chaudronnière ou un homme aide à domicile fait plus qu'une séance dédiée aux stéréotypes.

Deux façons de présenter un métier manuel aux élèves

Ce que montre le terrain

Dans le Pas-de-Calais, un dispositif porté par le département sur le bassin de Lens-Liévin, dans le cadre d'une convention de revitalisation industrielle, a accompagné plus de 1 500 jeunes et 100 adultes en recherche d'emploi vers les métiers de l'industrie. Résultats mesurés : 85 % des répondants ont découvert de nouveaux métiers de l'industrie et 62 % des métiers de leur propre territoire, avec une satisfaction de 7,4/10 [3].

Le chiffre intéressant ici n'est pas la satisfaction, c'est le taux de découverte. Il indique que le problème n'était pas le rejet de ces métiers, mais leur méconnaissance.

Notre catalogue des métiers permet de faire observer ces gestes professionnels en classe, en immersion filmée, y compris avec des publics pour qui l'écrit est un obstacle.

Voir aussi : comment adapter la découverte des métiers aux élèves de SEGPA

Ce qu'il faut en retenir

Ces métiers ne manquent pas de débouchés, ils manquent de candidats informés. L'écart entre les deux est un problème de représentation, pas d'emploi.

  • La démographie fait le marché. Près de 90 % des postes à pourvoir viennent de départs en fin de carrière. Ce sont donc les métiers les moins cités par les élèves qui offrent le plus d'ouvertures.

  • Ne les présentez jamais comme un plan B. Un élève entend immédiatement la hiérarchie implicite. Parlez débouchés, salaire d'entrée, évolution et création d'entreprise.

  • Montrez la technicité réelle. Un plombier diagnostique, calcule et applique des normes. Réduire ces métiers au geste manuel est faux, et c'est ce qui les dévalue.

Le chiffre le plus parlant du Pas-de-Calais n'est pas la satisfaction, c'est le taux de découverte : 85 % des participants ignoraient ces métiers avant de les voir.

Faites découvrir ces gestes professionnels à vos élèves : découvrez le catalogue des métiers.