Dans les deux collèges de la Cité éducative de Romainville, avant un atelier de découverte des métiers, seuls 23,5 % des élèves de 3e déclaraient bien connaître les métiers présentés [5]. À Uzerche, Guéret ou Laruns, c'est la distance qui limite la connaissance des métiers : les grands bassins d'emploi sont loin, et avec eux une bonne partie des métiers [6].
Ces constats de terrain trouvent un écho dans les données nationales. Jexplore a analysé les réponses des élèves français à PISA 2025 et les résultats des adultes à l'enquête PIAAC 2023. Elles montrent que le milieu et le genre ne pèsent pas seulement sur les résultats scolaires : ils dessinent aussi la liste des métiers qu'un élève se croit permis d'envisager.
Le milieu social pèse plus en France qu'ailleurs
PISA mesure le poids du milieu social par un indice qui combine le diplôme et la profession des parents et les ressources du foyer. En France [1][2] :
le milieu socio-économique explique 13,5 % des écarts de résultats en sciences, contre 11,6 % en moyenne dans l'OCDE ;
100 points séparent les élèves les plus favorisés des plus défavorisés en sciences, contre 85 dans l'OCDE. La DEPP relève le même écart en compréhension de l'écrit (91 points, contre 77) [3] ;
seuls 11 % des élèves défavorisés sont « résilients », c'est-à-dire parmi les meilleurs malgré leur milieu.
L'écart se réduit pourtant : depuis 2022, les élèves défavorisés ont gagné 13 points en sciences et les favorisés en ont perdu 8 [1]. Et les élèves français croient davantage à la mobilité sociale que la moyenne : 70 % d'entre eux y croient, contre 66 % dans l'OCDE [1].
Les métiers imaginés suivent le milieu
La question PISA sur le métier espéré à 30 ans permet d'aller plus loin. Parmi les élèves qui citent un métier précis [1] :
Élèves les plus défavorisés | Élèves les plus favorisés | |
|---|---|---|
Visent un poste de cadre ou une profession intellectuelle | 46 % | 75 % |
Visent un métier d'ouvrier qualifié | 13 % | 2 % |
Visent un métier technique (technicien de l'industrie ou du bâtiment, artisan, ouvrier qualifié, conducteur) | 13,8 % | 2,4 % |
Visent l'un des cinq métiers rêvés (médecin, avocat, architecte, vétérinaire, psychologue) | 18,7 % | 31,3 % |
Quart des élèves le plus défavorisé et le plus favorisé selon l'indice socio-économique de PISA. Source : OCDE, PISA 2025, calculs Jexplore [1].
Le métier des parents dessine le même paysage. Quand au moins un parent exerce un métier technique ou ouvrier, 10,7 % des élèves visent un métier technique. Quand les parents sont cadres, la part tombe à 3,6 %, et celle des cinq métiers rêvés monte à 28,1 % [1].
Ces chiffres ne disent pas qu'un métier vaut mieux qu'un autre. Un enfant d'ouvrier qui vise un métier technique qualifié fait un choix solide ; un enfant de cadre qui vise le droit aussi. Ils disent que chacun choisit dans le répertoire de son entourage, un répertoire qu'il n'a pas choisi. Nous avons détaillé l'écart entre ces projets et le marché de l'emploi dans métiers rêvés des élèves, métiers qui recrutent.
Le genre trace une autre frontière
La frontière entre filles et garçons est encore plus nette [1] :
santé : 20 % des filles, 7 % des garçons ;
ingénieurs et scientifiques : 11 % des filles, 23 % des garçons ;
numérique : 0,3 % des filles, 5,5 % des garçons ;
artisanat et métiers qualifiés : 1,7 % des filles, 11,9 % des garçons.
Au total, 1,9 % des filles citent un métier technique, contre 14,3 % des garçons. À l'inverse, les cinq métiers rêvés concentrent 31,6 % des projets des filles et 11,3 % de ceux des garçons [1]. Les garçons sont aussi un peu plus nombreux à ne pas savoir quoi répondre (15,6 % contre 12,2 %).
Trois ans plus tard, ces projets se retrouvent dans les vœux Parcoursup. En 2025, les filles représentent 9 % des candidatures aux BTS et BUT industriels (maintenance, électrotechnique, génie mécanique) et 7 % des admis, alors que 15 % des places de ces formations ne sont pas pourvues via Parcoursup. Elles représentent 85 % des candidatures en licence de psychologie et 84 % en instituts de formation en soins infirmiers [4].
À l'âge adulte, l'écart ne se referme pas
L'enquête PIAAC de l'OCDE mesure les compétences des adultes de 16 à 65 ans en lecture, en calcul et en résolution de problèmes. Elle montre que l'origine sociale suit les personnes tout au long de leur vie [1][7] :
en lecture, les adultes dont aucun parent n'a le bac obtiennent 229 points, ceux dont au moins un parent est diplômé du supérieur 286 ;
ceux qui avaient 10 livres ou moins à la maison à 14 ans obtiennent 214 points, ceux qui en avaient plus de 500 en obtiennent 295 ;
entre 2012 et 2023, les adultes dont aucun parent n'a le bac ont perdu 17 points en lecture.
Un signe encourageant : selon l'OCDE, l'écart lié au diplôme des parents s'est réduit chez les 16-24 ans, alors qu'il s'est creusé chez les 45-65 ans [7]. Ce qui se fait à l'école compte.
Ce qui élargit le répertoire
L'objectif n'est pas de remplacer les projets d'un élève par ceux d'un autre milieu. C'est de lui montrer assez de métiers pour que son choix soit le sien.
Commencer avant 15 ans. À l'âge de PISA, le répertoire est déjà marqué. La découverte des métiers gagne à commencer dès la 5e, sans enjeu de choix, comme le propose le guide complet de la découverte des métiers au collège.
Montrer tous les métiers à tous les élèves. Les métiers techniques aux filles et aux élèves favorisés, les métiers du soin aux garçons, les métiers de cadre aux élèves défavorisés. Voir une femme chaudronnière ou un homme aide-soignant fait plus qu'un discours, comme nous l'expliquons dans notre article sur l'artisanat qui recrute.
Faire venir le métier quand l'élève ne peut pas aller au métier. En Nouvelle-Aquitaine, la Région a équipé 36 collèges ruraux de casques de réalité virtuelle : plus de 2 000 élèves ont exploré des métiers absents de leur environnement, avec plus de 100 enseignants formés [6].
Parler des stéréotypes pendant la découverte, pas à part. À Romainville, 63 % des 231 élèves ont découvert de nouveaux métiers, et ils citent eux-mêmes les échanges sur les stéréotypes parmi ce qu'ils ont retenu [5].
Ne laisser aucun élève de côté. Les élèves à besoins spécifiques ont besoin de supports adaptés : voir la découverte des métiers en SEGPA.
Notre catalogue des métiers permet de faire découvrir en immersion filmée des métiers qu'un élève n'aurait jamais croisés autour de lui.
Ce qu'il faut en retenir
Un élève ne manque pas d'ambition parce qu'il vient d'un milieu modeste, ni de goût pour la technique parce qu'elle est une fille. Il choisit parmi les métiers qu'il connaît.
Le milieu pèse plus en France qu'ailleurs : 100 points d'écart en sciences, contre 85 dans l'OCDE.
Les métiers imaginés suivent l'entourage : 46 % des élèves défavorisés visent un métier de cadre, contre 75 % des favorisés.
Le genre ferme des portes des deux côtés : 1,9 % des filles visent un métier technique, 7 % des garçons un métier de santé.
Comment ces chiffres ont été calculés. Calculs Jexplore sur les fichiers publics de l'OCDE (PISA 2025 et PIAAC 2023 pour la France), pondérés. Les résultats par milieu social et en sciences reproduisent les chiffres publiés par l'OCDE. Les parts de métiers espérés portent sur les élèves qui citent un métier précis (64 % des élèves) ; les écarts par métier des parents et par quart social sont à lire comme des ordres de grandeur. « Métier technique » regroupe les techniciens de l'industrie et du bâtiment, les artisans et ouvriers qualifiés, les conducteurs d'installations et de véhicules (codes CITP 311 à 314, 7 et 8) ; les pilotes et officiers de navigation en sont exclus. Les chiffres Parcoursup portent sur la session 2025 ; ce ne sont pas les mêmes jeunes que ceux de PISA 2025, la comparaison rapproche des tendances, pas des parcours.
Faites découvrir à vos élèves les métiers qu'ils ne croisent pas autour d'eux : découvrez le catalogue des métiers.
